Archive pour mars 2010
Voici une forme qui émeut, parce que le corps se risque et qu’on le sent. Dans des milieux purs et vides de matière, la vidéo et le son fabriquent ses codes spatio-temporels et se heurtent aux corps qui y pénètrent. Avec une tension bouleversante, Yoko et Yum se mêlent aux images ou plutôt s’y confrontent et répondent aux grincements sonores par des flux corporels nerveux et sublimes. On taquine nos nerfs et jamais on ne nous laisse en paix!
Ça raconte « une petite communauté d’êtres humains » chevelus en proie à la mélancolie et aux angoisses face au monde alambiqué qu’elle ne saisit pas. L’humour sert cette peur existentialiste et prouve qu’il faut mieux en rire. Pas de pathos chez Philippe Quesne, et même si la précarité de ses gens s’observe, ils préfèrent s’en amuser en s’inventant des vies en AX pourrie.
Cette vidéo est un bien collectif!
Antonia Baehr nous fait découvrir la faculté de rire à tout va.
Il ne s’agit pas d’évoquer les effets du rire mais de parler de soi à partir de ce médium contagieux. Cette artiste met en partition chorégraphique les comportements physiques des bons rieurs, traversés par ce sentiment de gaîté réflexe.
Alors « si tu es gai, ris donc… »
Imaginez que toute l’imagerie qui compose votre subconscient apparaisse devant vous. Le surnaturel qui prend le dessus sur le réel. AntiVJ (label visuel) s’amuse ainsi à perturber nos repères spatio-temporels de manière exceptionnelle. Spécialistes de la projection vidéo sur des volumes et des éléments architecturaux, le collectif déconstruit, reconstruit, électrise, « tétrise » des blocs de béton et fait battre le cœur du bâtiment.
La Compagnie Magali et Didier Mulleras offre aux corps de nouveaux espaces de danses. Dans un champ plus expérimental, voici un savant entrelacement des langages scéniques, chorégraphiques et numériques. L’image rendue s’apparente à un dialogue poétique et irréel proche du rêve entre des êtres et une nature d’une contenance nouvelle.
De l’informatique qui ouvre les portes des rêves. Adrien Mondot est concepteur d’outils graphiques et jongleur, de quoi dynamiter ce jeu d’adresse. Ce nouveau poète explore des espaces scéniques extensibles, cassables, vaporeux, où les mots ne deviennent plus qu’une poussière de lettres, où les sols changeants et futuristes mettent en péril les corps et s’amusent d’eux.
Le monde du spectacle a parfois besoin d’une cure d’humanité, inutile de vous présenter Jan Lauwers et sa Needcompany. La Maison des cerfs est le dernier opus de la déroutante trilogie Sad Face/ Happy Face. Lauwers s’inspire de ses comédiens-danseurs, de leurs expériences sur l’existence. Ici, il évoque avec pudeur, le drame de la danseuse Tijen Lawton dont le frère, journaliste, vient d’être tué au Kosovo. L’émotion est à son comble dans ce tableau vivant à la fois pigmenté de notes d’absurde et de vérité. Avignon n’en est pas resté indemne!
Après Res/Persona et Fées, le triptyque de Ronan Chéreau et David Bobee s’achève avec le très troublant Cannibales.
Une génération de trentenaires en pleine crise existentialiste s’interroge sur sa place dans le monde, sur l’amour, la vie, la mort. L’émotion qui émane de ce moment de spectacle est authentique et complexe. C’est la vie qu’on décortique ici avec justesse.
Révérence à Chiara Guidi et Scott Gibbons pour The Cryonic Chants, vidéo de Roméo Castellucci. Impossible de catégoriser la Socìetas Raffaello Sanzio. Ce puissant concerto venu d’un ailleurs indéfinissable en témoigne. C’est une majestueuse polyphonie, un étrange mélange de chants lyriques et de sons électroniques. Cette langue (sorte de gromlo sublimé) garde une syntaxe d’homme avec une composition issue des écrits des animaux. Cette réécriture musicale emprunte au divin son caractère indiscernable et parfait.
Festival Labomatique