Archive pour juillet 2010

Le chagrin des Ogres

Comme s’il s’agissait d’un parcours initiatique, une sorte de noviciat, le lieu de l’expérience où nous sommes conduits se situe en marge de l’agitation, de l’effervescence du moment. Nous pénétrons dans l’antre du cauchemar « le cauchemar d’un enfant qui est mort et qui n’a pas eu la force d’enterrer son enfance ». Le discours introductif de cette fille caméléon, endossant de façon schizophrène à la fois le rôle de la mère violente et celle de la jeune fille morte restée enfant, s’adresse à nous. Brisant le quatrième mur pour entretenir l’ambiguïté réel-imaginaire, elle précise notre position de spectateur mais aussi notre rapport au monde. Le propos est bouleversant mais la transfiguration théâtrale que propose Fabrice Murgia est empreinte d’un onirisme qui dépasse le simple fait- divers. Les médias utilisés sont justes et conduisent l’action vers une tentative de recomposition poétique du réel. La musique, la voix, les plans rapprochés sont autant d’apports scéniques servant la narration que l’esthétique de la pièce. La manufacture recèle des « petits mystères »: avis aux initiés qui souhaiteraient les suivre.

http://www.lechagrindesogres.be/

http://www.theatrenational.be/

Theatre de l’heure

Dans « Tout le monde se fout de la demoiselle d’Escalot », Anne Monfort se replonge dans la littérature médiévale et porte à la lumière un personnage disparu dans un puits d’indifférence amoureux:  cet acteur secondaire dont on ne parle jamais mais qui ne manque pourtant pas de souffrir en silence et dans l’ignorance. Une performance qui semble étouffer la colère et la violence des sentiments qui implosent. L’utilisation symbolique du miel comme objet de torture et d’amour mortifère sublime et poétise la scène tout en la rendant suffocante. La voix juste et tragique de la comédienne, rend équivoque le propos par son apparente sérénité. A découvrir !

http://viral-prod.com/fr/sections/collectives/theatre-heure/folder_view

Santarcangelo festival

A Dijon, pour l’évènement théâtre en mai, la compagnie italienne invitée, Motus, nous avait déjà initiés à une mouvance particulière du théâtre italien avant-gardiste. Le couple Enrico Casagrande et Daniela Nicolo continue son processus d’acculturation théâtrale en orchestrant le festival Santarcangelo en Emilie-Romagne du 9 au 18 juillet, succédant à Chiara Guidi de la Sociétas Raffaello Sanzio.  Dix jours d’effervescence artistique sont consacrés aux arts de la scène, de l’image et du son pour répondre à la question de la fraction et de la confusion actuelles qui résident entre le théâtre et la réalité. Pour l’exemple, souvenons-nous d’abord de la proposition des Motus autour de la Tragédie d’Antigone… Cet extrait Post-it (2007) de la jeune compagnie italienne du  Teatro Sotterraneo (2007) vous donne la couleur de l’édition 2010.

http://www.santarcangelofestival.com/
http://www.teatrosotterraneo.it/

Chambre (s) d’Hotel  | T.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e

Le groupe bruxellois dirigé par Pierre Larauza et Emmanuelle Vincent nous convoque au beau milieu d’un trio lynchéen. Enfermé dans une caravane technoïde à moitié vitrée, les personnages font l’expérience de l’enfermement sous l’œil inquisiteur du spectateur.  Deux perspectives narratives et visuelles se confondent, le rendu brut tel que le voit le spectateur à travers la vitre, et l’autre, un entrelacs d’images, issues du réel présent et d’un ailleurs fantasmagorique qui poétisent la réalité. Cette performance vidéo-théâtre s’inscrit de loin dans les propositions scéniques et visuelles les plus innovantes actuellement.

http://www.transitscape.net/

La Manufacture

Cette ancienne usine de roues, dédiée aux écritures contemporaines est  dirigée par Pascal Keiser qui inscrit sa programmation parmi le Off du Festival d’Avignon. Depuis une dizaine d’années, la Manufacture faufile dans le champ artistique avignonnais des inclassables de la scène contemporaine. Ces formes hybrides « sans étiquette » (Bruno Tackels) montrent la volonté de la structure de soutenir des projets dont les propositions non identifiées n’effleurent jamais la convention, bien au contraire. Certes, l’utilisation des nouveaux médias dans ces spectacles est présente mais elle sert souvent l’action et offre des perspectives de compréhension plus subtiles, paradoxalement plus ancrées dans la réalité. N’oubliez pas la Manufacture à votre passage en Avignon, vous serez incontestablement surpris! En attendant voici un petit extrait d’un des spectacles sélectionnés…A vous couper le souffle.

http://www.lamanufacture.org/

In/ject  |  Herman Kolgen

Au dernier festival Némo 2010, Herman Kolgen s’est démarqué de ses condisciples par une performance vidéo-sonore d’une pureté rare. Dans la lignée du cinéma « plasticien » des années Lynch, le vidéaste donne de la force à son propos par une mise en valeur sonore du corps-cobaye immergé dans une citerne d’eau immaculée. Kolgen se situe derrière sa vidéo et la met en valeur avec peu d’effets sonores, le plus important est l’émotion qu’il va susciter à travers cette proposition « cinémato-plastique » d’une qualité visuelle et sonore qui le singularise.

http://www.kolgen.net/