Comme s’il s’agissait d’un parcours initiatique, une sorte de noviciat, le lieu de l’expérience où nous sommes conduits se situe en marge de l’agitation, de l’effervescence du moment. Nous pénétrons dans l’antre du cauchemar « le cauchemar d’un enfant qui est mort et qui n’a pas eu la force d’enterrer son enfance ». Le discours introductif de cette fille caméléon, endossant de façon schizophrène à la fois le rôle de la mère violente et celle de la jeune fille morte restée enfant, s’adresse à nous. Brisant le quatrième mur pour entretenir l’ambiguïté réel-imaginaire, elle précise notre position de spectateur mais aussi notre rapport au monde. Le propos est bouleversant mais la transfiguration théâtrale que propose Fabrice Murgia est empreinte d’un onirisme qui dépasse le simple fait- divers. Les médias utilisés sont justes et conduisent l’action vers une tentative de recomposition poétique du réel. La musique, la voix, les plans rapprochés sont autant d’apports scéniques servant la narration que l’esthétique de la pièce. La manufacture recèle des « petits mystères »: avis aux initiés qui souhaiteraient les suivre.
Festival Labomatique